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    Home»Littérature»« Sentinelles » : Les relations humaines vues par le colonel Zoungrana
    Littérature

    « Sentinelles » : Les relations humaines vues par le colonel Zoungrana

    WebmasterBy Webmasteraoût 24, 2020Aucun commentaire5 Mins Read
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    Article produit dans le cadre de la 1ère session de la formation en critique d’art organisée par l’Agence Panafricaine d’Ingénierie Culturelle – APIC

    Paru aux éditions Céprodif Burkina Faso en 2019, « Sentinelles » est le dernier roman du Lieutenant-Colonel Mohamed Arsalane Emmanuel Zoungrana, bien connu dans le monde littéraire burkinabè. A travers cet ouvrage, il peint les turpitudes de la vie mondaine et pose la question sur la complexité de l’existence humaine.

    Par Reveline SOME (Burkina Faso)

    On est pris de compassion au vu de la décadence d’Eugène. Puis, on est captivé par ses manœuvres pour atteindre le sommet. Mais quand vient le crépuscule de sa vie, l’évasion fait place à la méditation, à des questionnements sur la vie. Trois émotions par lesquelles passera le lecteur de « Sentinelles ».

    Dans une structure souple, sous-divisée en 17 grands points, décrivant l’ascension de son personnage, l’auteur embarque le lecteur dans une aventure surprenante. L’histoire débute en 1987 par les moments de galère de Louis Eugène, se retrouvant au chômage après être accusé de détournement de fonds dans sa banque.

    Le personnage principal est convaincu qu’il ne peut réussir qu’en passant par les femmes d’un bon statut social. Il voit en elles la courte échelle pour vivre la vie rêvée. Et il réussit. Au gré des rencontres, des conquêtes, les femmes de sa vie lui ont permis de goûter aux plaisirs et d’occuper de hautes fonctions.

    « La femme est la clé du monde, c’est par elle que l’on accède à tout », s’en convainc Eugène, le personnage principal. Et pour l’illustrer, l’auteur identifie le monde moderne à une galerie dont l’accès est permis par une sentinelle, comme l’illustre l’image de la première page de couverture : des femmes qui fouillent une foule d’hommes à l’entrée d’un bâtiment du haut duquel est inscrit « Galerie marchande ».

    L’auteur semble avoir une vision unilatérale et attribue à la femme un certain pouvoir surnaturel, celui de construire ou de déconstruire tout, selon son bon vouloir. L’on découvre dans ce roman plusieurs personnages féminins qui ont forgé la vie de Eugène, des célibataires, des veuves, des divorcées, des mariées, des filles de joie.

    Cependant l’ouvrage est un panorama qui dit beaucoup sur les relations humaines en générale plus que ce que l’auteur met en exergue. L’ouvrage laisse entrevoir les relations qu’entretiennent les hommes et les femmes de nos jours où, sous le prétexte de la liberté, de la recherche du plaisir et du gain, on assiste à une société burkinabè où la morale agonise. Des relations basées sur les intérêts et faites d’infidélité et de duperie.

    Tous les protagonistes cherchent chacun un quelconque intérêt. Eugène a aussi reçu des coups dans sa vie. Il a été auparavant dupé par son ami Gaba, à qu’il a fait crédit. Ce dernier par la suite n’a pas voulu même l’embaucher comme vigile dans sa société quand il a eu des difficultés. Il a été le valet de ses amoureuses, il a accepté les humiliations venant d’elles.

    Même au sommet de sa gloire, le bonheur n’est pas au rendez-vous. On est surpris de la fin que l’auteur réserve à son personnage. En 2013, à 56 ans, le bilan de sa vie est fait de regrets. Que valent toutes les richesses du monde si l’on mène une vie dénudée de la foi en Dieu ? Le personnage central l’apprendra à ses dépens et recherche la paix du cœur. Après tous ses forfaits, ira-t-il en enfer, au purgatoire ou au paradis ? Il s’inquiète alors et pense à la vie après la mort. La foi chrétienne est assez illustrée dans le roman.

    Tout l’art de l’écrivain consiste à maintenir le lecteur entre la fiction et la méditation, à le transporter dans une aventure palpitante et à le faire redescendre à sa condition d’être humain. On sort de cette lecture la tête pleine de questionnements. Ce livre a le mérite de nous faire marquer une pause et de penser à la vie après une course effrénée à la recherche du bien. La vie mérite de faire une halte et de la repenser.

    « Sentinelles » est le 4e ouvrage de l’auteur. Officier supérieur des Forces armées burkinabè, instructeur des techniques commandos, parachutiste, il est aussi chef de corps du 12e régiment d’infanterie commando de Ouahigouya et commandant du secteur Ouest du groupement de forces pour la sécurisation du Nord au Burkina-Faso. Depuis peu, il est promu Lieutenant-colonel. Des charges qui n’arrêtent pas l’auteur, confirmant ainsi son amour et son talent pour les lettres.

    Le préfacier Yéro Boly ne tarit pas d’éloges à son endroit. « Sentinelles » vient encore rappeler que le métier des armes n’exclut pas au militaire de conserver toute sa créativité et sa sensibilité artistique. « L’uniforme ne saurait en aucun cas inhiber l’homme qui le porte », écrit-il. Son amour pour la littérature lui a valu d’être élevé au rang de chevalier de l’ordre, des arts et des métiers à l’occasion de 11è édition de la Foire internationale du livre de Ouagadougou.

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