Ce genre d’évènement est rare à Williamsville. Dans la rue, à gauche, juste après le marché en bordure de la voie principale, l’Union nationale des antiquaires de Côte d’Ivoire (Unaci) organise ce mardi une exposition des plus inhabituelles. A quelques deux mois de l’élection présidentielle et conscient de ce que ces échéances ont créé en 2010 ; exaspérée par les menaces et la psychose qui prévalent en ce moment, les antiquaires ont décidé de donner de la voix. Et la meilleure alerte pour eux réside dans cette exposition dont le thème est : « L’impact de la guerre sur la culture », en particulier sur les sculptures.

A la galerie Hêrêmankonon d’Abdoulaye Bakayoko, cette tête de masque taillée en bois, a le regard vieilli. Sa forme est bien distincte, mais elle a subi les affres du temps, laissé à la solde des termites et autres insectes qui adulent le bois. Ses traits sont détériorés et le passage des insectes a laissé des écorchures profondes.
« Pendant la guerre, les hommes fuient leurs maisons, leurs villages. Ils laissent derrière eux ces sculptures. Elles deviennent les proies des rongeurs et des insectes. Quand on revient sur ces lieux, on retrouve des œuvres qui ne sont plus pareilles comme on les a laissés », explique M. Bakayoko. Il nous montre une pièce rare dégradée. C’est une sculpture Abbê. Selon lui, dans le milieu des antiquaires, ce genre de pièce est très rare. Malheureusement, les termites véreux ont emporté une bonne partie. « Ce genre de sculpture est très importante dans l’étude anthropologique de ce peuple. A cause de la guerre, elle a perdu de sa superbe. Heureusement, nous avons récupéré les fragments », se satisfait-il. Pour lui, ces restes sont très importantes et ils ont une grande valeur. Car le fait que les sculptures soient détruites en partie, leur donne une nouvelle jouvence en tant que témoin.

La galerie présente de nombreuses pièces sculpturales abimées. Pour le président de l’Unaci, retrouver des pièces abandonnées est un travail de longue haleine. D’où le sens de la bonne collaboration entre eux antiquaire afin de retrouver les bonnes pièces. « Nous travaillons avec les antiquaires des autres villes. Lorsqu’ils ont des pièces, ils nous contactent. A partir de notre expertise, nous déterminons la main du sculpteur (si c’est une main de maître), nous voyons si c’est une pièce historique. C’est après toutes ces expertises que nous la faisons entrer dans une bonne collection », détaille Abdoulaye Bakayoko. Aussi la main du sculpteur n’étant pas perdue, d’autre artisans peuvent s’en servir pour fabriquer de nouvelles pièces.
Cependant, des sculptures abandonnées, sorties de leur contexte social, perdent leur valeur cultuelle, explique M. Bakayoko. Toutefois, elles gagnent en valeur pécuniaire auprès des collectionneurs de fragments. « Aujourd’hui, elles sont devenues des pièces muséales. Elles doivent être sauvegardées pour que les futures générations puissent connaître leur passé. Elles constituent aussi des mémoires pour l’Afrique », se convainc le premier responsable des antiquaires ivoiriens.





En somme, le vœu des membres de l’Unaci, c’est de faire circuler ces œuvres, d’abord dans les différentes communes d’Abidjan, ensuite à l’intérieur du pays et enfin dans le monde entier. Durant les deux jours d’exposition à Williamsville, l’Unaci a reçu le représentant de la ministre de la Culture et de la Francophonie, Henri N’Koumo, le représentant de la présidente du Sénat Kandia Camara et de nombreux diplomates accrédités en Côte d’Ivoire.
SANOU A.

