C’est un peintre forgé par les années (31 ans), édifié par différentes écritures (naïf, moderne, figuratif, abstrait…), influencé par ce qui vient des contrées lointaines (ailleurs) qui a su garder les pieds solidement ancrée dans la tradition (Ici). Le vernissage de la 2e exposition personnelle d’Aboli Kann, artiste plasticien qui vit et travaille à Abidjan, a eu lieu le jeudi 22 mai 2025, à la galerie Houkami Guyzagn à Cocody, Riviera II. Le thème est : « D’ici et d’ailleurs ».

Les couleurs : Le visiteur de l’exposition est accueilli par des couleurs chaudes, chatoyantes dominées par le jaune, l’orange et le rouge. Expressions de la sincérité africaine, la joie de vivre symbolisée par le soleil, la chaleur, ces couleurs communiquent. Elles expriment avec les autres teintes, le partage, la générosité des peuples d’Afrique. « Les couleurs vives sont franches », admet l’artiste. Elles sont les incarnations des marchés bigarrés et multicolores du continent, toute chose qui les rend vivantes.
Les regards : Chez Aboli Kann, « Chaque regard est une histoire, un parcours ». Héritage de l’art naïf qu’il a pratiqué pendant plusieurs années, l’artiste les juxtapose. Ces multiples vies, ces présences sur ses toiles transforment ces dernières en des mosaïques, expression de l’instantanée, mais aussi du mouvement, divers et antinomique de chaque existence. Assembler ces visages et regards sur une même toile, impose l’acceptation de l’autre, tout en restant soi-même.
Les textes : Aboli Kann a beaucoup de chose à dire. Aussi bien à travers ses toiles qu’à travers ses textes. Pour lui, il faut « Cultiver l’écriture en Afrique pour laisser des traces de l’actualité ». Parti de ses premières amours, la bande dessinée, sa porte d’entrée dans la peinture, il utilise les magazines de jeunesse pour faire les collages. A côté de chaque toile, il laisse toujours un petit texte poétique. « C’est une sorte de notice, une clé qui montre le ressenti de l’artiste ». Un témoignage pour la postérité. « L’écrit, c’est ce qui reste. Ce qui transmet l’histoire », soutient Aboli Kann.




Cuba, cet ailleurs qui fascine : Le plasticien a une admiration pour Cuba, pour sa résilience. « C’est un peuple qui n’est pas très riche, mais qui a beaucoup de substance et qui s’assume », informe-t-il. Pour ce faire, ce lointain ailleurs l’hypnotise lors de ses créations. La Havane le hante, l’habite et résonne dans sa tête comme pour dire « Pour s’élever, il faut apprécier, aimer son sol, son socle ».
Une figuration libre : Aboli Kann désigne sa technique de peinture comme de la figuration libre. Une technique dominée par l’abstraction qui tient compte de toutes ses influences passées. On part du connu pour évoluer vers l’immatériel, l’abstrait. « Notre réalité ne se limite pas à ce qu’on voit, à ce qu’on peut palper, à ce qu’on peut quantifier. Il y a des choses qu’on ne peut pas voir, mais qui font partie de notre réalité. Il y a des vibrations, il y a des énergies qui nous constituent, qui nous influencent et c’est ça aussi notre réalité », informe-t-il.
L’exposition « D’ici et d’ailleurs » reste accrochée jusqu’au 7 juin 2025.
SANOU A.

